Gérer les conflits

Voilà bien des situations difficiles auxquelles on te prépare rarement durant tes études et pourtant la qualité de tes relations avec toi-même et ton entourage est déterminante pour bien réussir ta thèse et en faire une expérience pleinement satisfaisante. Loin de moi l’idée de te donner ici une solution miracle!  J’essaie seulement de te montrer que tu n’es pas seul et qu’il existe plein d’interlocuteurs bienveillants prêts à t’aider !

Je te recommande aussi d’écouter des témoignages, par exemple les pod-cast PhDLife sont très intéressants.

Introduction…

Parlons d’abord des conflits. De ce que j’ai pu expérimenter, il n’y a pas une seule thèse qui se déroule sans conflits, petits ou graves, parce que encadrants comme thésards accumulent du stress, du manque de sommeil, chacun possède des attentes différentes, chacun interprète le comportement de l’autre comme il l’entend…et aussi parce qu’il y a des gens qui ne devraient pas avoir le droit d’encadrer des thèses, mais ça c’est pour les cas les plus graves…bref.

En premier lieu, prend le temps de réfléchir à la nature de ton conflit et son « degré d’importance » si je puis dire. Il y a des conflits mineurs, par exemple ton encadrant est mécontent parce que tu as fait une erreur de manip et sur le moment il s’emporte un peu, ou alors tu t’emportes contre lui parce que ça fait 5 fois que tu lui montres un résultat et qu’il a l’air de le redécouvrir à nouveau…

Il y a des conflits un peu plus importants, par exemple ton encadrant réécrit toute une partie de ta thèse sans te consulter, ou bien vous n’êtes absolument pas d’accord sur l’interprétation des données.

Et puis il y a des conflits vraiment graves, ou plutôt des situations conflictuelles parfois latentes, par exemple si ton encadrant rabaisse ton travail régulièrement en séminaire, te met une pression invivable et te prive de tous tes congés, t’isole de tes collègues, rallonge ta thèse à l’infini etc….

Quoiqu’il arrive, discute-en le plus possible avec des collègues de confiance, qui pourront aussi t’aider à faire la part du vrai et de « l’exagéré » dans ta situation. C’est absolument normal en thèse d’être hypersensible aux commentaires/remarques/critiques de ses chefs, et parfois il y a de « faux conflits » qui naissent dans l’esprit des thésards parce qu’ils imaginent que leur encadrant les déprécie totalement (c’est une peur tout à fait justifiée et que j’ai moi-même souvent rencontrée). C’est pour cela qu’il est très utile de discuter de la situation avec les autres. J’avais une collègue qui interprétait toujours de travers les propos de sa chef, qui était persuadée qu’elle était déçue de son travail alors que je n’entendais que des éloges à son sujet quand elle n’était pas là. Dis-toi bien que c’est là parfois aussi un défaut de nombreux encadrants: les encouragements et les félicitations.  Ils s’imaginent que dire « bravo, c’est bien », c’est réservé aux enfants mais pas du tout. On sait très bien que les marques de satisfaction renforçent la confiance, et l’investissement des étudiants dans leur travail. Bon, si ton encadrant est comme ça, tant pis pour lui, essaye de discuter avec d’autres chercheurs, thésards, pour te rassurer sur ton travail.

Parlons bien, parlons peu. Voici maintenant une liste d’étapes et d’actions que tu peux mettre en place en cas de conflits avec tes encadrants (sachant que je ne suis ni psy, ni médecin…c’est fait en toute bienveillance).


Gestion informelle de la situation

Si tu en as le courage, car c’est plutôt difficile, tu peux essayer de discuter avec ton encadrant, lui faire part de ton ressenti, ton malaise, lui expliquer pourquoi tu es en désaccord et quelles sont tes attentes. Etrangement, les 2-3 fois où j’ai eu recours à cette discussion, mon encadrante a parfaitement compris et a revu son comportement. Bien sûr, plus le conflit est grave, plus il est difficile d’en sortir par une simple discussion en tête à tête.

Si tu as peur de te confronter à ton encadrant, tu peux aussi t’adresser à un autre chercheur de confiance qui pourra faire l’intermédiaire ou ton chef d’unité si tu te sens en confiance avec elle/lui, qui pourra par exemple organiser et tempérer une réunion entre vous trois.

Dans certains labos il y a aussi des représentants qui sont nommés pour justement être à l’écoute des thésards en difficulté. Renseigne-toi sur leur existence.


Procédure formelle

Là, j’ai mis « formelle » parce qu’à partir du moment où tu contactes ces personnes, ton problème prend une dimension plus importante et peut remonter jusqu’à l’école doctorale. Bien évidemment, toutes ces procédures sont pour des conflits plutôt graves, car si tu vas jusqu’au bout de la démarche, à travers elle tu portes des accusations aux conséquences importantes. C’est pourquoi il est toujours préférable d’essayer auparavant de régler la situation en interne.

Bien sûr, tous les interlocuteurs que je cite ci-dessous sont là pour toi avant tout et respecteront tes conditions (par exemple si tu ne souhaites pas que ton encadrant sache que tu les as contactés etc…). Tu peux aussi les contacter simplement pour discuter sans qu’il n’y ait de suite et sans que cela prenne des proportions « énormes » et très perturbantes pour ton encadrant. Il n’est jamais agréable pour un encadrant de se prendre des sanctions de l’école doctorale sans n’avoir jamais eu conscience qu’un quelconque problème existait entre vous.

Il existe souvent des conseillers rattachées à une structure scientifique ou une école doctorale, qui sont généralement des chercheurs volontaires, que tu peux rencontrer pour exposer ta situation et dont tu peux demander l’intervention auprès de tes encadrants en tant que médiateur.

Egalement, n’oublie pas que ton comité de thèse (si tu en as un) est aussi là pour t’aider à faire face à des situations conflictuelles. Ils peuvent t’écouter et faire remonter un rapport à l’école doctorale, afin que ton encadrant prenne conscience de la situation.

Enfin, tu peux directement t’adresser aux membres de ton école doctorale.


J’ai besoin de parler à quelqu’un: dépression et burn out

Il existe des lieux qui te permettent d’avoir accès rapidement et gratuitement à un psychologue pour essayer de régler une situation urgente. Tous ces interlocuteurs sont tenus au secret professionnel.

Pense déjà au médecin rattaché à ton lieu de travail. Pourquoi ? Et bien parce qu’il a sûrement déjà géré des cas comme le tien et pourra mieux t’aiguiller, et aussi parce que cela laisse une trace écrite de ton passage (cela peut servir si il y a besoin de preuves pour un procès m’enfin j’espère que tu n’en arriveras jamais là !).

Les infirmières rattachées à ton lieu d’exercice sont aussi très souvent formées à recevoir les personnes en détresse et pourront t’écouter attentivement, éventuellement t’aiguiller vers d’autres personnes.

Il existe aussi des psychologues qui effectuent parfois des permanences dans les laboratoires, et dans la plupart des villes des centres gratuits d’aide psychologique.

Si tu habites en région parisienne, voici quelques adresses:

Il existe sur Paris et sa banlieue des bureaux d’aide psychologique universitaire (BAPU) (la liste n’est peut-être pas 100% à jour, sorry…)
BAPU Claude Bernard 20, rue Larrey 75005 – 01 43 37 16 16
BAPU Luxembourg 44, rue Henri Barbusse 75005 – 01 43 29 65 72
BAPU Grange Batelière 13, rue de la Grange Batelière 75009 – 01 47 70 70 32
BAPU Pascal 30, rue Pascal 75005 – 01 43 31 31 32
BAPU 131, rue de Bagnolet 75020 – 0140 09 05 09
BAPU 50, rue Ribeira 75016 – 01 42 24 52 29
BAPU Cachan 4, rue Raspail 94230 CACHAN – 01.46.65.62.22
BAPU Claparède 5, Rue du Général Cordonnier – 92200 Neuilly Sur Seine 01 47 45 23 70
BAPU Créteil Allée du Marché 94000 CRÉTEIL – 01.43.77.22.22
BAPU St Maur-des-fossés 34,rue des remises B 94100 St Maur-des -fossés 01 42 83 28 40
BAPU Centre Colliard 4 rue de Quatrefages 75005 Paris 01 85 56 00 00 lundi de 9h à 17h, mardi, mercredi, jeudi de 9h à 19h, vendredi de 9h à 18h et samedi de 9h à 13h.

En dehors des aides universitaires, il y a les CMP Centres Médicaux Psychologiques qui sont gratuits et existent dans tous les arrondissements de Paris et villes de banlieues.


Expérience personnelle….

J’ai eu la chance d’avoir une encadrante très « humaine », avec qui il était facile de discuter. Il n’empêche qu’elle était extrêmement stressée et me confiait toutes ses angoisses. Alors bon, je ne suis pas stressée de nature et ça ne m’a pas affectée plus que ça, mais c’est quand même lourd à porter pour un étudiant et ça peut engendrer un sentiment angoissant de culpabilité. Le fait de prendre conscience que finalement mon encadrante était quelqu’un de stressé et qui gérait très mal son stress, ça m’a permis de déculpabiliser, je me suis dit qu’au final elle était plus à plaindre qu’à blâmer….Et par la même occasion, j’ai vite compris qu’en cas de détresse il ne fallait SURTOUT pas que je m’adresse à elle…et en acceptant cette situation et bien j’ai tout de suite mieux vécu ma thèse…

Parfois ça peut aller trop loin…J’avais un collègue dont l’encadrant était quelqu’un d’assez dépressif et de très négatif. Ca a fini par l’atteindre profondément, au point qu’il qui a dû prendre un congé maladie. La solution qu’il a trouvé par la suite, c’était d’éviter son encadrant au maximum dans ses périodes « dark », d’éloigner son bureau du sien pour le croiser le moins possible, de s’entourer le plus possible de l’aide des autres thésards pour avoir des avis plus positifs et ne pas se laisser « happer » par l’angoisse de son encadrant.

Ce que je voulais te dire à travers ces exemples, c’est que si tu as pris conscience de « failles » humaines chez tes encadrants, ne t’en arrête pas là, même si ça peut être décevant, et essaie de trouver comment tu peux te préserver au maximum de leurs comportements stressants, culpabilisants. Cherche à l’inverse leurs atouts et comment ils peuvent te servir. J’ai mis bien une bonne année à comprendre cela, parce que comme la plupart des étudiants qui n’ont jamais mis un pied dans le monde du travail, j’idéalisais complètement les chercheurs, leur sagesse et leur sens profond de la pédagogie. Alors je me dis qu’en étant prévenu, tu expérimenteras peut-être moins de déconvenues (ça rime !).

Voilà, avec tout ça j’espère que soit tu auras relativisé sur ta situation et trouvé un bon terrain d’entente avec ton encadrant, ou bien que tu auras trouvé l’aide nécessaire pour te sortir de ta situation. Dans tous les cas, ne reste pas tout seuuuuul!!!


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