Comment aborder un nouveau projet


Sommaire

Tu te lances dans un projet, c’est l’excitation !!! Calm down, pose-toi et prend une feuille. J’ai compris un peu tard à quel point la préparation d’un projet, qui peut paraître si fastidieuse est en fait si cruciale ! Du coup, après plusieurs échecs, à chaque nouveau projet j’adoptais la même stratégie, que je te montre ici.

La « mind map », pour une vision d’ensemble

Avant chaque projet, je commençais par dessiner sur une feuille ce que je savais, mes hypothèses, et les résultats que j’attendais et comment je voudrais les représenter (cf ici mon article sur la « mind map« ). C’est un super bon exercice pour anticiper plein de choses. En gros, il faut limite déjà savoir quel test statistique tu vas faire avant de commencer, il faut penser chaque manip comme si tu devais la publier, même si ce n’est que de la mise au point. Une fois que cela est clair pour toi, (et si ça ne l’est pas, c’est qu’il faut en rediscuter avec tes encadrants), valide avec tes encadrants.

Le design expérimental

C’est souvent au même moment que tu vas faire de la biblio de type « analyse », c’est-à-dire de la biblio qui va répondre à la question « Comment je mesure ceci ? Comment je représente tels résultats ? Quels paramètres est-ce que les autres utilisent ? Combien d’échantillons nécessaires en moyenne ? etc… ». Cette étape est la plus importante, parce qu’elle conditionne tout le reste, elle est le reflet de tes hypothèses, de ta connaissance sur le sujet, et de ta conceptualisation de la problématique ! N’hésite pas à partager tes idées avec d’autres cette étape. En gros, tu es en train de décider comment tu veux répondre à la problématique ! C’est le moment où tu dois prendre conscience des biais de tes analyses et leurs limites. En particulier si tu as de l’échantillonnage à faire, tu vas vite t’apercevoir que c’est un peu un casse-tête quand ton labo n’a pas trop de moyens ou que tes analyses sont lourdes. Bref, au risque d’insister, cette étape (parfois squizzée par des encadrants un peu trop pressés d’avoir des résultats) est absolument E-S-S-E-N-T-I-E-L-L-E!

Ensuite seulement, tu vas pouvoir passer à la planification des manips.

Planifier ses manips, établir les protocoles

On a déjà vu comment faire un planning « large », sous forme d’un diagramme de Gantt ou autre (article ici). Mais il va falloir faire un détail plus précis des manips à venir.

Pour cela, tu te concentres petit projet par petit projet.

*Tu listes toutes les étapes, y compris celles de mise au point (quitte à te les coller au-dessus de ton PC bien en vue). C’est le moment où tu dois t’assurer que tu n’oublies pas d’étapes, en particulier des étapes de contrôle et de vérification hyper importantes, qui sont comme des clés à obtenir avant de continuer ta quête!!

**Ensuite, tu te prends le temps qu’il faut pour rédiger des « pré-protocoles »,  pour lesquels tu essaies vraiment de visualiser la manip, pour anticiper au maximum les problèmes que tu vas rencontrer: ce n’est pas une blague mais parfois je fermais les yeux et je visualisais mentalement la manip, étape par étape. C’est comme ça que tu vas anticiper au maximum les problèmes du type: « Arg, je n’ai pas de contenants adaptés », « Zut il faudrait un coton tige stérile » et autres moment de désespoir…

***Il faut aussi à cette étape vérifier tous les paramètres que tu as prévu de prendre (par exemple s’il faut prendre des photos, note-le ! Combien de fois j’ai oublié et regretté…).

Si tu as des appareils nouveaux à utiliser, c’est le moment de les tester et de te former à leur utilisation. N’hésite pas non plus à regarder des tutoriels Youtube, parfois c’est beaucoup plus explicite de regarder quelqu’un faire plutôt que de lire un protocole. Va voir dans les ressources, j’y ai listé quelques sites utiles pour trouver des astuces de manips etc…  

A propos des protocoles, logiciels, appareils…

Quand on débute en recherche, on peut facilement se convaincre que le protocole de quelqu’un de plus expérimenté est forcément irréprochable, que l’ingénieur maîtrise parfaitement l’appareil dont on a besoin etc…C’est FAUX! Il faut autant que nécessaire comprendre toutes les étapes d’un protocole: combien de fois je suis tombée des nues en posant des questions au super post-doc du labo sur ses protocoles et en m’apercevant qu’il n’avait aucune idée de pourquoi on utilisait tel produit plutôt que tel autre. De même, un ingénieur de labo, même ultra compétent, fait parfois un usage différent du nôtre d’un appareil et n’aura donc pas forcément anticiper certains biais. Et parfois, vous vous apercevrez même que pour des manips de routine, type dosage de l’ADN, et bien le labo entier procède de manière aberrante, parce que cela a toujours été ainsi…Alors bien sûr, l’erreur est humaine, le tout est d’en avoir conscience, et de ne pas faire une confiance aveugle à ce que vous disent les autres: la solution, c’est de toujours lire les manuels des appareils, les notices des produits, les annexes des kits! La réponse y est dans 99% des cas….

Faire le point avec les autres

Là aussi, même si ton encadrant ne te le réclame pas, je te conseille de faire un point avec lui sur le déroulé des manips, les types de contrôles et vérifications que tu as prévues etc…surtout au début! Si tu as de la chance, ton encadrant est quelqu’un de très carré et organisé, et il aura déjà fait ce travail de son côté et vous pourrez comparer vos idées. Mais ne te leurre pas, la plupart du temps, il n’a pas vraiment eu le temps d’y réfléchir et donc tu te dois d’être le plus précis et rigoureux. Même un contrôle essentiel à la manip peut lui avoir échappé…

Dans tous les cas, l’avis d’une tierce personne te sera très utile, voire indispensable ! Il n’y a rien de plus énervant que de s’entendre dire en réunion « Mais pourquoi tu n’as pas fait ça comme ça plutôt ? J’avais tout le matériel déjà prêt et un protocole 10 fois plus rapide… ! ». Un conseil : tu vas normalement vite repérer si tes encadrants sont des as de la « paillasse », ou bien s’ils ne portent la blouse que deux fois l’an…dans ce second cas, n’ait aucun remord à remettre en cause ce qu’ils te proposent ! Va voir ceux qui manipulent tous les jours, ils auront peut-être une technologie plus moderne à te proposer XD Bien sûr, fais cela sans froisser ton encadrant, qui a d’ailleurs sûrement beaucoup d’autres qualités!

Passer à l’action!!!

Une fois que c’est fait tu reportes tes manips sur un calendrier (Icalendar ou même un bon vieux planning papier) .

Tu as maintenant un déroulé bien précis des manips et tu disposes de « pré-protocoles ».

Va s’ensuivre alors une phase parfois très, trèèèès longue de mise au point, au cours de laquelle tu vas peaufiner tes protocoles. Un conseil: quelque soit la manip que tu lances, ne néglige jamais les contrôles, et le nombre de réplicats. Tu dois penser chaque manip comme si tu allais la publier! Ta photo de gel est flou? Tant pis refais la! On ne sait jamais, ce serait trop dommage d’avoir des données inexploitables…

Une fois que tu es prêt, assure toi chaque soir que tu as listé les manips du lendemain, et que tu possèdes les pré-protocoles nécessaires, ainsi que le matériel. Par expérience, c’est vraiment une perte de temps de se lancer dans une manip non réfléchie et non préparée, même le matin ! Il va toujours te manquer un contenant stérilisé, un produit, un appareil que tu n’as pas réservé, tu vas oublier un contrôle pour valider ta manip…. En vrai, les meilleurs manipulateurs dans mon labo étaient rarement ceux qui faisaient le plus de manips !  

Tu dois te dire qu’avec tout ce que j’ai listé, tu vas y passer des jours : OUI et c’est tant mieux ! Résiste à la pression de tes encadrants qui veulent te voir à la paillasse du soir au matin ! Une manip bien pensée, ce sont des mois de thèse gagnés, et je pèse mes mots !

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